mardi 25 janvier 2011

Il écrivait un roman qui racontait l'histoire d'un écrivain. Cet écrivain sentait sur son épaule se poser la main d'un écrivain qui, écrivant un roman, lui prodiguait les conseils qu'un écrivain lui avait confiés. Fort de cette aide inespérée l'écrivain écrivait, répondant par là à la pression de la main sur son épaule, à l'insistance de cette main pavée de toutes les mauvaises intentions. De cet arrangement naissait une nébuleuse d'ecrivains ayant chacun plus à dire que l'autre, plus à craindre de la page qui à tout jamais resterait blanche tant cet amalgame d'écrivains tirait l'affaire vers le bas car, c'est bien connu, rien n'est pire que cette mutualisation des imaginaires qui ne peut qu'engendrer mauvaise littérature et mauvais sentiments. S'évertuant à chasser cette main, qui, posée sur son épaule avait un peu de l'oiseau de proie qu'apprivoise le fauconnier, il laissa tomber sa plume qui se piqua droite dans le plancher y laissant couler son encre comme larmes sur joue de bois.

vendredi 8 octobre 2010

"... chanteurs à moustaches... bla bla bla... insupportables et vocifèrants... bla bla bla..." ainsi y allaient deux exégètes musicaux installés à la table voisine, ce qui eut le don d'affûter l'oreille de son ami Paul que rien de ce qui concernait l'histoire de la musique ne laissait indifférent..." le pire de tous, avec ses collants de ballerine et sa voix de cocker effrayé loin de son panier..." continuait l'un des deux, tandis que son ami Paul se demandait qui était ce cocker "Gary Brooker, non, Franck Zappa, encore moins, John Lennon période post Ono, pas plus " s' interrogeait-il in petto tandis que la solution tomba comme pluie de bretzel sur guéridon "Ce Freddy Mercury a plus fait pour la pousse de la moustache que José Bové contre celle du maïs transgènique..." révéla l'exégète qui justement venait de se jeter un picon bière derrière le paletot. Que dire alors des roufflaquettes de TJ White grosses comme des côtes de boeuf engraissé aux haricots se disait son ami Paul qui se posait un peu là comme historien de la musique.

mardi 21 septembre 2010




" Quelle mouche piqua Michaux, voyageur et piroguier ..." disait son ami Paul " Quel anophèle perça le derme de ce preux battologue?..."s'interrogeait l'avaleur de sauvignon, " S'en prendre aux notaires sous le prétexte de leur manque d'élan, de leur préférence pour le sur-place...  ronds de cuir ils sont, ronds de cuir ils demeureront, Michaux n'y changera rien!" Et voilà le belge rhabillé, le barbare refermé comme se referme une bible dans un lourd claquement de pages. "Ecoutez-vous John Greaves? " demanda son ami Paul à son voisin aux oreilles chaussées d'ombilics musicaux.

mercredi 15 septembre 2010

" Charles Lloyd a tout du gourou placide dont la mer déchaînée se fait cerveau lui donnant fulgurances et inspirations que ne renierait aucun Lacan, aucun Freud..." songeait son ami Paul... " Parfois volcanique, parfois tranquille tel un lac suisse..." pensait-il sirotant un sauvignon acéré comme un riff , trille dont n'est pas avare le susdit Charles quand en rage mue il distille ses notes comme son encre la seiche. " Et quand il occupe le devant de la scène..." poursuivait son ami Paul " ce n'est pas qu'il veuille se mettre en avant, tout simplement il désoriente..." termina son ami Paul, boussole et Malone en main.

jeudi 26 août 2010

"La cuistrerie de certains écrits se rapproche par sa pestilence des cadavres de rongeurs abandonnés au bord des chemins que les corbeaux fouissent jusqu'à en laisser l'os net..." songeait son ami Paul froissant sauvagement le supplément littéraire d'un journal du soir où s'épanchaient laquais et sycophantes.

lundi 9 août 2010

" Un miracle, merveille des merveilles, jamais je n'aurais cru..." disait l'ami de son ami Paul, un papier jauni à la main qu'il agitait comme un talisman, un ostensoir allons y pour du mystique, intention louable en ces temps de couardise de toutes étiquettes, bref songea son ami Paul n'omettant en aucun cas la salvatrice gorgée de sauvignon, quid du talisman? " un miracle " réitéra l'ami aux yeux retournés de félicité, en route vers la canonisation pourquoi pas, toutes les places ne sont pas prises... " Un inédit de Michaux... " triomphait l'ami," une lettre par lui adressée à un inconnu dont le fils perdit la missive que retrouva par hasard au fond d'un grenier poussiéreux le père du brocanteur qui me l'a vendue pour une bouchée de pain dont il fera son quotidien pendant quelques mois..." Sauvignon partagé, les deux amis se penchèrent sur l'incunable, l'un armé d'un sourire immuable et l'autre d'une lippe où le doute le disputait à l'incrédulité dont se préserve tout fauve. "Lisez plutôt" proposa l'ami, " Felouque valdouillée, et la misère des mitraille pulmolisées, fatras des laxophores (bicarre et bonates, déssoudées les laudanums qu'on en finisse avec la glycérine ) cachou, cachoou je vous hais..." Et ça continuait jusqu'à la signature. " Avez-vous vu la signature?" interrogea le douteux incrédule et ci-devant expert michalcien devant l'éternel à nouveau convoqué puisque c'est ainsi que les hommes sont."Quoi la signature ?" aboya l'autre, " eh bien, la signature confirme le fond de ma pensée, cher ami, c'est un faux, extrêmement faux " martela son ami Paul tel Moon sur ses toms,
"voyez plutôt, signé Henry Michot, pharmacien de première classe à Gand... Certes un Belge mais pas le véritable Henri sans Y ,vous me suivez..." se perdit son ami Paul déjà à distance laissant là l'autre comme une felouque échouée.  
Bram épuisant ce qui restait de silence dit à Sam sa foi dans la parole pourvu qu'elle soit chiche. Sam songeant à la foi ne put s'empêcher de sourire.